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« L’ascension » de Larissa Shepitko. Critique Blu-ray

Synopsis: Hiver 1942. L’armée allemande poursuit son avancée sur le front russe. Un bataillon soviétique est contraint de se replier en désordre. Pour assurer son ravitaillement, deux soldats entament un long périple dans la forêt...

La fiche du film

Le film : "L'Ascension"
De : Larisa Shepitko
Avec : Boris Plotnikov, Vladimir Gostyukhin
Sortie le : 19/03/1980
Distribution : Potemkine Films
Durée : 128 Minutes
Genre : Drame, Guerre
Type : Long-métrage
Le film
Les bonus

D’après l’oeuvre de Vasiliy Bykov . – 

Des films de guerre qui rapportent la guerre dans toute son horreur, sa bêtise, sa violence, le cinéma n’en manque pas. L’actualité non plus et celle de l’Ukraine pourrait ne pas conduire à visionner aujourd’hui ce genre d’images.

J’ai fait l’impasse sur « La voix d’Aïda » dont le dvd sortait quasiment le jour même de l’invasion russe (*) . Aujourd’hui « L’ascension » de Larisa Shepitko s’ouvre sur un contexte historique bien différent.

La seconde guerre mondiale, l’avancée germanique au cœur de l’hiver soviétique en 1942. Un bataillon russe pris en tenaille dans la forêt dépêche deux de ses hommes pour trouver de la nourriture.

Boris Plotnikov et Vladimir Gostyukhin

La réalisatrice Larisa Shepitko se focalise bien évidemment sur ce duo qui va connaître, la faim, le froid, la peur. Et le mal dont l’origine demeure toujours la même quand l’humanité se déteste pour ce qu’elle est

Au-delà du drame vécu par les deux hommes prisonniers autant des allemands que de la milice, ce qui retient ce récit dans un cinéma du réel, ce sont les visages que filme la cinéaste, au plus près de leurs sentiments.

Larisa Shepitko saisit toujours l’instant vrai du regard incrédule, de l’œil éteint, ou impassible, ou qui le feint pour détourner l’attention d’une scène dès lors plus expressive que toute démonstration scénique.

A ce titre, l’enfermement de villageois et des deux soldats dans la cave est une leçon de mise en scène et d’humanité intense. Un huis clos théâtral, pénible, poignant , où tout individu tente de ramener à soi ce qui lui reste de dignité, de raison d’être.

Larisa Shepitko ne juge pas, mais donne à chaque personnage la valeur de son exemplarité auprès de ceux qui voudront bien se souvenir de leur sacrifice. Il est christique dans cette fin de réalisation tragique où le Judas se condamne à une vie sans honneur, quand les sacrifiés se passent eux-mêmes la corde au cou.

Et toujours ces visages, celui de la fille du cordonnier dont le seul crime était de se cacher dans les fourrés. Ce soldat qui n’a rien renié. Cette enquêteur de la milice, en proie semble-t-il maintenant à des remords bien inutiles. Ou bien encore cet enfant contraint d’assister à la pendaison. La cinéaste n’en finit pas de le retenir dans son cadre, et c’est poignant, tragique, d’une infinie tristesse .

Il est difficile de ne pas les fixer à notre tour, pour ne pas oublier. EQuand l’Ukraine nous rattrape chaque jour, tous les jours …

(*). L’arrivée de l’armée serbe à Srebrenica en juillet 1995, et toutes les exactions qui ont suivi . Des milliers de civils sacrifiés …

 

LES SUPPLEMENTS

  • « Le chant du partisan », un texte de Elias Erody, lu par Sigrid Bouaziz ( 20 mn )- Un panorama du cinéma soviétique dans sa période de renouvellement, période de dégel politique… «  L’ascension » est censuré mais le contexte politique lui est favorable , il va sortir.

En voix off, l’analyse du film sur des extraits significatifs.

  •  Larissa ( 20 mn )-Il s’agit de l’évocation très sensible de la vie de la réalisatrice, en photos, vidéos et archives . Une biographie passionnante. On reprend ainsi l’histoire de « Matiora » qu’elle tournait quand elle est morte dans un accident de voiture, avec plusieurs membres de son équipe .
Le film hommage de son mari Elem Klimov, « Larissa », se termine par ce sourire.

 

…Le tournage, les commentaires, une belle approche de son travail avec plusieurs extraits de sa filmographie. « Les tentatives de mes consœurs d’imiter le cinéma masculin n’ont jamais réussi, . Je n’ai jamais cherché à copier les hommes, je suis toujours resté une femme dans le sens direct du mot ».

Très belle séquence : Dovjenko dont elle fut l’élève, sur un tournage . Elle fait un portrait élogieux de celui qui n’a jamais eu recours à la compromission dans une époque où le système l’impliquait quasi naturellement «  On ne peut pas tourner un film juste pour gagner de l’argent » .

 

Obligé de suivre la pendaison, ce garçon ne laisse rien paraître et pourtant, on comprend que le sacrifice des villageois ne restera pas sans lendemain.
  • Dialogues avec Larissa ( 52 mn )- Son époux et réalisateur Elem Klimov s’entretient avec la critique d’art Irina Roubanova qui dit de cette femme  «qu’elle n’était jamais dépassée par les événements, même tragiques . Elle s’en remettait toujours , et en sortait toujours gagnante ».

Il cite des exemples autour des conditions de tournage de  «  Chaleur torride » et «  L’ascension » , vidéos à l’appui . Les souvenirs de ses films, de ses projets , on revient ainsi sur « la frénésie qui la guidait » et dont elle s’entretient dans une rencontre en 1978, très passionnante.

Quand on lui demande si elle dessine les plans avant de tourner, elle montre son front et sourit : «  tout est là ».

Ours d'or au festival de Berlin en 1977 . -  DVD : 19 avril 2022 . -  D'après l'oeuvre de Vasiliy Bykov . -  Des films de guerre qui rapportent la guerre dans toute son horreur, sa bêtise, sa violence, le cinéma n’en manque pas. L’actualité non plus et celle de l’Ukraine pourrait ne pas conduire à visionner aujourd’hui ce genre d’images. J’ai fait l’impasse sur « La voix d’Aïda » dont le dvd sortait quasiment le jour même de l’invasion russe (*) . Aujourd’hui « L’ascension » de Larisa Shepitko s'ouvre sur un contexte historique bien différent. La seconde guerre mondiale, l’avancée germanique…
Le film
Les bonus

Il est peut-être difficile actuellement de regarder ce genre de film de guerre, et pourtant ce que nous en rapporte la réalisatrice soviétique, quarante ans après est d’une vérité autant douloureuse que significative sur la raison d’être des hommes. Ici deux soldats en quête de nourriture dans la campagne russe, enneigée et truffée de soldats allemands. Au-delà de la torture, de la faim, du froid, de la violence  ce que retient ce récit d’un cinéma du réel, ce sont les visages que filme la cinéaste, au plus près de leurs sentiments. Larisa Shepitko saisit toujours l’instant vrai du regard incrédule, de l’œil éteint, ou impassible, ou qui le feint pour détourner l’attention d’une scène dès lors plus expressive que toute démonstration scénique. Le final est à ce titre exemplaire et grandiose, un monde christique, un chemin de croix où tout individu trouvera sa propre rédemption.

AVIS BONUS Rien que pour le documentaire sur la vie de la réalisatrice, c’est tout bonus ! De bons commentaires, des illustrations parlantes, une diversité dans l’approche d’un même sujet comme le montre aussi le troisième chapitre «  Dialogues avec Larissa »

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