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« L’âme soeur » de Fredi M.Murer. Critique cinéma

Synopsis: À l’écart, dans une ferme suisse à flanc de montagne, une famille vit au rythme des saisons. Une tendre complicité lie les deux enfants, le garçon dit « le bouèbe », né sourd-muet, et Belli, qui réalise sa vocation contrariée d’institutrice en lui apprenant à lire et à écrire. Après une violente dispute avec le père, l’adolescent s’enfuit dans les alpages. Sa sœur part le retrouver…

La fiche du film

Le film : "L'Âme soeur"
De : Fredi M. Murer
Avec : Thomas Nock, Johanna Lier
Sortie le : 02/04/1986
Distribution : Carlotta Films
Durée : 118 Minutes
Genre : Drame
Type : Long-métrage
Le Film
  • Reprise : 21 décembre 2022 . – 

Léopard d’or au Festival de Locarno de 1985 . –

Version restaurée . –

Peut-être Haneke pour «  Le Ruban blanc ». A la rigueur Terrence Malick dans « Une vie cachée ». Mais l’œuvre du suisse Fredi M.Murer, antérieure à ces deux films, ne tient réellement d’aucune chapelle cinématographique, sinon celle de l’art et de sa sublimation.

Retrouver, là où le monde s’est arrêté, le sens de la vie et le commun d’un quotidien à l’écart de toute entrave. De toute vie sociale.  Le père (Rolf Illig) mène l’ordinaire du soir au matin, tout là-haut dans la montagne suisse où l’eau courante coule à ciel ouvert.

On s’y lave, on s’y désaltère avant de reprendre le chemin familial. Une mère attentive à ses deux enfants et à la vierge Marie qu’elle prie plus que de raison. Belli écoute vaguement, plus attentionnée aux allées et venues de son frère dit « le bouèbe », un enfant sourd et muet, imprévisible . Serviable, attentive, colérique …

Belli lui apprend à lire et à écrire (Johanna Lier), à défaut d’une carrière d’institutrice contrariée . Elle est aussi le rempart ultime à ses crises inattendues que les parents n’arrivent plus à contrôler, sinon en réprimandes et privations.

Le garçon ne comprend pas et se carapate alors encore plus haut dans la montagne pour un refuge improvisé toujours au grand air sous les nuages. A l’écart depuis  sa naissance, le bouèbe a naturellement adopté ce  mode de vie ascétique .

Le jour où il découvre la mousse à raser, c’est jour de fête. Et se rapprocher intimement de sa sœur ne lui parait pas plus incongru que de la regarder dans ses moments d’intimité. Belli est consentante.

Leur monde est pur, originel . Fredi M. Murer le cadre avec distinction et bonheur dans ces paysages de paradis, où l’enchantement pastoral dépasse la contemplation béate et l’odeur des foins coupés. Une ode à la liberté, à l’expression des sentiments, la certitude de vivre.

Ce que ne ressent pas immédiatement le bouèbe, mais qu’il exprime avec force et vigueur jusqu’au jour du débordement, de l’absence totale de repères pour un drame vécu à l’aune des principes familiaux érigés par le père.

L’audace de la mise en scène calque alors la sauvagerie instinctive des lieux. Pour une terre à redécouvrir, un langage -muet-  à (re) déchiffrer. Quand les images de Muret prennent la parole, le cinéma devient complice.

Reprise : 21 décembre 2022 . -  Léopard d’or au Festival de Locarno de 1985 . - Version restaurée . - Peut-être Haneke pour «  Le Ruban blanc ». A la rigueur Terrence Malick dans « Une vie cachée ». Mais l’œuvre du suisse Fredi M.Murer, antérieure à ces deux films, ne tient réellement d’aucune chapelle cinématographique, sinon celle de l’art et de sa sublimation. Retrouver, là où le monde s’est arrêté, le sens de la vie et le commun d’un quotidien à l’écart de toute entrave. De toute vie sociale.  Le père (Rolf Illig) mène l’ordinaire du soir au matin, tout là-haut…
Le Film

Je me demande parfois ce qui conduit à ressortir des films vieux de plusieurs décennies. La question ne se pose pas un instant avec « L’âme sœur », perle rare du cinéma helvétique, voire mondial qui joue sur la pureté des décors et des sentiments dans un monde à l’écart des flatteries et conforts à rallonge. Une grande maison dans les Alpes Suisse, tout là-haut où les parents vivent en harmonie avec la nature, et leur exploitation fermière Les enfants déjà grands s’adaptent à ce mode ascétique , dont le fils sourd et muet depuis la naissance toujours à l’écart et paraissant assumer pleinement cette indépendance malgré lui. Sa sœur, très proche, l’éduque à sa façon, et calme ses colères fréquentes, pour une frustration, un refus, une contrariété.  jusqu’au jour du débordement, de l’absence totale de repères pour un drame vécu à l’aune des principes familiaux érigés par le père. L’audace de la mise en scène calque alors la sauvagerie instinctive des lieux. Pour une terre à redécouvrir, un langage -muet-  à (re) déchiffrer. Quand les images de Muret prennent la parole, le cinéma devient complice.

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