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« La Chasse au Godard d’Abbittibi » d’Eric Morin. Critique dvd

  • Acteurs : Sophie Desmarais, Alexandre Castonguay, Martin Dubreuil, Jean-Philippe Goncalves, Steve Jolin
  • Réalisateurs : Eric Morin
  • Studio : Editions Montparnasse
  • Date de sortie du DVD : 2 octobre 2019
  • Durée : 96 minutes

L’histoire : En 1968, un réalisateur français de renommée internationale atterrit inopinément dans la région d’Abbititbi (*), au nord-ouest du Québec. Il va y mener des expériences politiques et sociales. Cet événement alimente les tendances révolutionnaires de Michel, un jeune homme de la région, qui s’improvise alors cinéaste…

  • Film : 3.5/5
  • Bonus : 4/5

Un Ovni, certes, mais encore. Sur un fond d’histoire vraie ( Godard en expédition au Québec après la déroute 68 du Festival de Cannes), Eric Morin remet en question le pouvoir de la télévision à travers une expérience que l’auteur de «  A bout de souffle » tentera effectivement de réaliser dans ce coin perdu du Québec, l’Abitibi (*).

Michel (Alexandre Castonguay), initié par un ami rocker ( Martin Dubreuil ) s’engage sur la voie du reportage , en compagnie de sa petite amie Marie ( Sophie Desmarais) . Il donne la parole aux gens, une incongruité à l’époque.

L’enrobage du propos semble factice, un brin déjanté avec des musiques in-situ dont les paroles parfois vont nous paraître exotiques.

« T’a loussé ma ceinture/M’a te beurrer ton maquillage ».  A bien y regarder, et surtout à écouter on peut comprendre le sens de la rime et s’attendre à voir Plume Latraverse traverser la scène.

Il n’en est rien, le fond demeure sérieux. La jeunesse s’exprime devant la caméra de Michel .« Chaque geste posé individuellement , associé à ceux des autres, va faire la différence. (…) Je rêve d’un pays souverain, d’une république libre du Québec » …

La jeunesse québécoise voit en Godard comme un père cathodique de la révolution

Michel enregistre  l’avenir de son territoire quand on nous rappelle inopinément la présence du « cinéaste qui se tenait à l’écart des graines anarchiques qu’il venait de semer ».  On le voit dans la neige en train de la filmer dans un bois clairsemé . Un peu plus tard un critique se dira « estomaqué de voir ce salmigondis d’images confuses et de propos si vides ». Godard, déjà au pilori.

Mais Michel s’en moque qui continue son apprentissage de documentaliste en rencontrant des bûcherons, des femmes ( « du temps pour moi ? c’est une bonne question, c’est une bonne question » ) et les mineurs qui font la fête dans un bistrot.

C’est Noël et «  au moment de la dinde farcie il eut été blasphématoire de parler de révolution ». La réflexion n’en demeure pas moins rivée à ce petit écran qu’un cinéaste vient d’allumer en forme de contre feu à tous les pouvoirs. Une sorte de Télé libre. Eric Morin la reprend à son compte dans ce film gigogne venu d’une autre planète. L’Abbittibi, un Ovni !

Le réalisateur français va se lever de son siège et se placer derrière la caméra, pour expliquer comment il envisage l’avenir du petit écran

(*) L’écriture actuelle est Abitibi. « Mais Richard Desjardins l’épelait ainsi avec son ancien groupe, Abbittibbi » explique Eric Morin.  » C’est une vieille orthographe maintenant désuète, mais sûrement plus exacte, en lien avec les langues amérindiennes. C’est un petit hommage aux Premières Nations… » 

LES SUPPLEMENTS

  • « De Mai à Décembre » de Julie Perron (26min), le documentaire sur la véritable histoire qui a inspiré le film !

Ce court métrage documentaire raconte le passage du cinéaste Jean-Luc Godard à Rouyn-Noranda, en décembre 1968. Quelques mois plus tôt, en mai 1968, une poignée de cinéastes en colère interrompt le Festival de Cannes. Au Québec, la montée du nationalisme conduit à des affrontements.

Dans ce contexte  « Les dix jours du cinéma politique » au Cinéma Verdi, à Montréal, accueillent Jean-Luc Godard. Loin de s’en tenir à des rencontres avec ses admirateurs, le cinéaste caresse un projet. Accompagné d’une équipe de cinéastes français ( Alain Laury, Pierre David  … )  et canadiens (Pierre Harel… ), il ira à Rouyn-Noranda, où la télévision lui donne carte blanche…

Pendant ce temps… Godard visite la région

Pierre Harel : « Godard s’est mit en droit de nous convaincre de ne pas tourner en 35 mm ou 16 mm , mais de rester au Super 8 . Voir ce monsieur dont je trouvais les films extraordinaires venir me dire dans mon petit trou qu’il ne fallait pas attendre d’être autre chose et que je me contente du Super 8, alors je me suis levé de mon fauteuil et je l’ai envoyé chier ».

Deux semaines plus tard les deux hommes se retrouvent à  Rouyn-Noranda , pour le projet d’une série de dix émissions TV …

« Ils amènent des caméras dernier cri, sur le plan social c’était intéressant ce que l’on pouvait en faire, pas tellement pour la fiction, ça ne nous intéressait pas ».

Godard montre comment les choses pourraient se passer autrement devant et derrière une caméra ,un sacrilège aux yeux des techniciens.

Il va s’en aller sans même prévenir, voyant que l’expérience envisagée d’une télé libre plus ouverte ne pouvait fonctionner ainsi….Pourtant on cite en conclusion les effets positifs de son passage, sur le développement social du Nord- Ouest

  • « Opasatica » court-métrage d’Eric Morin(18min). Alexandre Castonguay est à nouveau derrière les fourneaux pour préparer le p’tit déj de sa copine dans cette histoire à séquences sympathiques. Eric Morin devait alors faire ses gammes… 

  • Le court métrage d’animation : « La Nuit américaine d’Angélique » de Pierre-Emmanuel Lyet et Joris Clerté .( 5.30 mn )

Une évocation originale du film tourné par François Truffaut en 1972. Mais ici Angélique est fan de la voix de Nathalie Baye…Un court métrage qui nous permet de scruter notre mémoire cinématographique dans un joli théâtre d’ombres pantomimes

Des figurines expressives racontent le film, le travail d’une scripte, une évocation inattendue de l’acteur Bernard Menez … Une réflexion amusée sur le cinéma, du sérieux, du très beau …

Acteurs : Sophie Desmarais, Alexandre Castonguay, Martin Dubreuil, Jean-Philippe Goncalves, Steve Jolin Réalisateurs : Eric Morin Studio : Editions Montparnasse Date de sortie du DVD : 2 octobre 2019 Durée : 96 minutes L'histoire : En 1968, un réalisateur français de renommée internationale atterrit inopinément dans la région d'Abbititbi (*), au nord-ouest du Québec. Il va y mener des expériences politiques et sociales. Cet événement alimente les tendances révolutionnaires de Michel, un jeune homme de la région, qui s'improvise alors cinéaste... Film : 3.5/5 Bonus : 4/5 Un Ovni, certes, mais encore. Sur un fond d’histoire vraie ( Godard en expédition au Québec après la déroute 68 du Festival de Cannes), Eric Morin remet…
Le film
Les bonus

Déjanté. Iconoclaste. Vintage. Actuel. Fuyant le festival de Cannes qui vient d’être interrompu ( Juin 1968 ) Godard débarque un peu par hasard dans un coin reculé du Québec , l’ Abitibi où il va engager une expérience télévisée qui donnera à Eric Morin l’idée de ce film bien particulier. Tandis que l’on aperçoit subrepticement le réalisateur français, des québécois galvanisés par sa présence imaginent une télévision différente, en donnant la parole au peuple. La jeunesse canadienne de mai 68 et la jeunesse tout court, les bûcherons, les femmes, les mineurs … Une réflexion allumée en forme de contre feu à tous les pouvoirs. Une sorte de Télé libre .Eric Morin la reprend à son compte dans ce film gigogne venu d’une autre planète. L’Abitibi, un Ovni !

AVIS BONUS Beaucoup de bonnes choses dont un documentaire sur la véritable histoire qui a inspiré le film. Un documentaire impertinent, stimulant et percutant qui parle du pouvoir de l’image, du besoin de prendre la parole et des limites de la liberté. Avec en prime un court métrage d’animation excellent …

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