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« Detroit » de Kathryn Bigelow. Critique Cinéma

Synopsis: Été 1967. Les États-Unis connaissent une vague d'émeutes sans précédent. À Detroit, des coups de feu sont entendus en pleine nuit à proximité d'une base de la Garde nationale. Les forces de l'ordre encerclent l'Algiers Motel. Bafouant toute procédure, les policiers soumettent une poignée de clients de l'hôtel à un interrogatoire sadique. Le bilan sera très lourd : trois hommes, non armés, seront abattus à bout portant, et plusieurs autres blessés...

La fiche du film

Le film : "Detroit"
De : Kathryn Bigelow
Avec : John Boyega, Will Poulter
Sortie le : 11/10/2017
Distribution : Mars Films
Durée : 143 Minutes
Genre : Drame, Thriller
Type : Long-métrage
Le film

On ressort abasourdi, sonné jusqu’à la moelle. Les victimes innocentes, d’hier et d’aujourd’hui, qui plient encore l’échine sous la matraque, les coups de poings, les coups de feu défilent à travers ces images bien souvent insoutenables.

A sa manière, manière forte, intrusive, constructive, Kathryn Bigelow fonce dans le tas où la bêtise humaine prospère, cruelle et sans pitié. Elle a ici pour ferment le racisme, la ségrégation, la mise à l’écart de gens noirs, déshérités, qui à force d’être montrés du doigt, pire d’être assassinés, prennent à leur tour les armes de leurs adversaires.

La réalisatrice raconte Detroit il y a 50 ans, alors que les braises estivales cette année à Charlottesville n’ont toujours pas refroidi. Un engrenage provoqué par la force et le pouvoir quand la victime tient à son tour le prétexte de renvoyer la balle.

Krauss a fait aligner tous les suspects possibles. Il les exhorte à donner le nom du tireur, avant de passer aux actes  …

Une extrême tension dans les rues et les magasins pillés, le chaos dans la nuit de la cinquième ville des Etats-Unis où la caméra de Bigelow articule chaque mouvement avec la précision du reportage in-situ. Elle mêle habilement à son commentaire imagé de véritables documents d’époque. Quelques flashs pour contredire la version officielle du speaker. Il parle des pillards, des fauteurs de troubles, des négros.

Le terme n’a logiquement rien d’injurieux mais dans sa bouche il accuse.

L’Algiers Motel est le théâtre principal du drame, de la boucherie, de la mise à mort. Un condensé de toutes les exactions commises par la police locale qui réplique à plusieurs tirs vus et entendus depuis l’hôtel.

Il n’y a aucune victime à déplorer mais il faut mettre la main sur le sniper présumé. La mission de l’officier Krauss, déjà remarqué pour avoir abattu un fuyard, une balle dans le dos. Ses supérieurs l’ont simplement mis en garde.  Will Poulter est impressionnant dans la peau de cette brute humaine. Et son adjoint aussi, mais étonnamment réservé. (Jack Reynor). Alors c’est Krauss qui interroge, qui torture. Des aveux à tout prix, des menaces, des simulacres d’assassinat.

Le chanteur soliste des Dramatics et son manager se retrouvent pris dans la nasse. Larry (Algee Smith) rêvait de la gloire et des sunlights, le voici la tête ensanglantée, plaqué contre une cloison de chambre à coucher.

Un agent de sécurité d’un commerce voisin, Dismuke, réussit à s’infiltrer dans le dispositif. Il est noir, mais son uniforme en impose. John Boyega aussi. Il joue les bons samaritains et tente d’apaiser les policiers du cru, contraints de ménager leurs effets. La Garde Nationale n’apprécie pas beaucoup leur façon d’agir.

Bigelow a peut-être du mal elle aussi à contenir sa révolte, à ne pas prendre faits et causes pour les plus démunis. Mais elle donne un sens à l’Histoire, instrumentalise le procédé répressif pour en reprendre les termes les plus bas, les plus vils, les plus abjects. C’est très fouillé, très complet, et malheureusement toujours très actuel. Un très grand film.

« I am not your negro » de Raoul Peck

 

On ressort abasourdi, sonné jusqu’à la moelle. Les victimes innocentes, d’hier et d’aujourd’hui, qui plient encore l’échine sous la matraque, les coups de poings, les coups de feu défilent à travers ces images bien souvent insoutenables. A sa manière, manière forte, intrusive, constructive, Kathryn Bigelow fonce dans le tas où la bêtise humaine prospère, cruelle et sans pitié. Elle a ici pour ferment le racisme, la ségrégation, la mise à l’écart de gens noirs, déshérités, qui à force d’être montrés du doigt, pire d’être assassinés, prennent à leur tour les armes de leurs adversaires. La réalisatrice raconte Detroit il y…
Le film

Affronter la honte et l'humiliation, échapper à la violence commise par ceux qui devraient la contenir, l’interdire, la combattre, c’est le sens commun de ce grand film qui parle d’une chasse au noir et d’insurrection, d’une sauvagerie sans nom, de massacres officiels et d’un petit flic surexcité et raciste. La réalisatrice raconte Détroit il y a 50 ans, alors que les braises estivales cette année à Charlottesville n’ont toujours pas refroidi. Elle a du mal à contenir sa révolte, à ne pas prendre faits et causes pour les plus démunis. Mais elle donne un sens à l’Histoire, instrumentalise le procédé répressif pour en reprendre les termes les plus bas, les plus vils, les plus abjects. C’est très fouillé, très complet, et malheureusement toujours très actuel. Un très grand film.

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