- 10 novembre 1993 en salle
- Reprise 28 janvier 2026
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2h 06min | Drame - Par Mike Leigh
- Avec David Thewlis, Lesley Sharp, Claire Skinner
L’histoire : Johnny, vit dans un total rejet de la société. Après avoir volé une voiture, il rejoint Londres pour habiter quelque temps chez son ex-petite amie Louise. Vagabond flamboyant et cynique, charmant et violent, il va déambuler plusieurs nuits dans les rues de la capitale.
Si les étoiles n’apparaissent pas, reportez vous à la fin de l’article
Cannes 1993. Prix de la Mise en scène -Prix d’interprétation : David Thewlis,
« A Londres t’es jamais plus à dix mètres d’un rat ». Lapidaire, expéditif, destructeur, Johnny Fletcher sème sur son parcours nocturne dans la capitale, autant de formules ravageuses que de désolation.
Il a dû quitter Manchester, et, réfugié à Londres chez son ex petite-amie Louise, il fait la connaissance de sa colocataire, Sophie, aussi déglinguée que lui ( Katrin Cartlidge).
Première rencontre, premier accroc dans les bas-fonds de la capitale anglaise, où les relents de la dérive thatchérienne accompagnent sa fuite en avant . Détestable avec les filles, il est tout aussi puant avec ses congénères ramassés dans la rue qu’il abreuve d’insultes (c’est parfois drôle ) ou de palabres sarcastiques.
Un junkie, qu’il devine écossais , et qui bien involontairement amuse la galerie, tellement abruti, lui donne le tournis. Il l’oublie …et passe à autre chose, à rien !
Son éloquence, stupéfiante, heurte le décorum urbain que Mike Leigh tapisse comme une fin du monde . Celle que Fletcher annonce à un gardien de nuit dans un long soliloque qui résonne sur des parois de verre. Contemplation abyssale de l’humanité dont il prédit l’extinction, au même titre que la disparition des mammouths.
Mike Leigh n’est pas très gai, mais assez persuasif dans sa mise en scène quasi apocalyptique que transcende David Thewlis, dont la simple présence à l’écran réussit à faire vivre instantanément ce vagabond .
D’autant plus affreux, sale et méchant que son négatif ( ou positif, à vous de voir ) renvoie l’image du snob psychopathe, argenté et cocaïné (Greg Cruttwell). Un éphèbe mal ajusté, mal éduqué qui maltraite tout autant les filles qui dans l’histoire préféreraient Johnny, le mauvais garçon.
Doit-on y voir une morale ?
Le film
Après la décennie thatchérienne, que reste-t-il de cette Angleterre exsangue se demande Mike Leigh en accompagnant son héros dans les rues, la nuit à Londres, peuplées de junkies, de paumés, ou d’individus en quête eux-mêmes d’une quelconque issue ? Le cas du gardien de nuit qui n’a rien à garder est exemplaire, significatif du délabrement social et intellectuel dans lequel patauge Johnny Fletcher, à son tour imbriqué dans un système de violence et d’abandon. Toujours au bord du cauchemar, du suicide, de la violence extrême, il prédit la fin de l’humanité qu’il ne respecte déjà plus. Ses références bibliques semblent lui éviter l’ultime passage à l’acte, récusé par la gente féminine qu’il a si souvent maltraitée.Jusqu’au point de non-retour. Johnny Fletcher devra alors se réveiller, et se réconcilier avec lui-même. Une porte de sortie honorable selon Mike Leigh qui jusque là était bigrement pessimiste
