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« Luzzu » de Alex Camilleri. Critique cinéma

Synopsis: Depuis des générations, la famille de Jesmark pêche sur le Luzzu, bateau en bois traditionnel maltais. Mais Jesmark voit son avenir menacé par la raréfaction des récoltes et l’ascension d’une pêche industrielle impitoyable. Pour subvenir aux besoins de sa femme et de son fils, le jeune homme va peu à peu se compromettre dans le marché noir de la pêche.

La fiche du film

Le film : "Luzzu"
De : Alex Camilleri
Avec : Jesmark Scicluna, Michela Farrugia
Sortie le : 05/01/2022
Distribution : Epicentre Films
Durée : 94 Minutes
Genre : Drame
Type : Long-métrage
Le film

Meilleur acteur au festival de Sundance 

Représentant de Malte aux Oscars 2022

Le touriste qui se rend à Malte ne voit pas forcément les mêmes images. Alex Camilleri regarde sa ville le plus souvent depuis la mer. Là où les marins pêcheurs en proie à la désertification de l’océan peine à remonter ne serait-ce qu’un peu de godaille.

La pêche industrielle racle les fonds marins, et sur son petit Luzzu, Jesmark fait les frais de cette économie de marché. L’Europe a baissé les bras. Pire, elle subventionne la casse des petits bateaux. Un ami a suivi le courant, mais Jesmark résiste.

Pas question de brader son embarcation familiale qui remonte à l’époque de son arrière-grand-père. Pas question de rejoindre la flotte des chalutiers, responsable de la gabegie.

Jesmark a beau se battre, à la criée il découvre un système perverti …

 

Pourtant il faut bien vivre et la santé de son petit garçon nécessite une alimentation particulière « qui ne soit pas bas de gamme » balance la belle-mère fâchée par la liaison de sa fille, de bonne famille, avec ce pauvre petit pêcheur.

Le couple a rarement saisi cette main tendue avec ostentation, surtout Jesmark retranché dans sa fierté, son honneur d’ouvrier de la mer. Pour un peu d’argent, un travail pistonné, Denise a flanché. Aujourd’hui, elle est de retour sous le toit maternel, avec le bébé.

Jesmark est seul et désemparé par tant d’injustices confrontées aux bonnes affaires des professionnels de la criée,.

Des magouilles, du sabotage, des ententes derrière les frigos où il circule maintenant en quête d’un petit boulot. Le doigt dans l’engrenage fatidique du marché noir, que le réalisateur retourne sans ménagement. Dans l’esprit néo-réaliste d’un Vittorio de Seta …

Jesmark, le regard plus noir que jamais, n’est pas fier de ramener autant d’argent. La conscience en travers, les remords sur le bas-côté … Son meilleur copain David qu’il vient de trahir, le prend sur son embarcation quand la sienne est en cale sèche.

Il ne voit plus que le ciel bleu de sa ville où les enfants accompagnent, innocents, ces jolis petits bateaux jaunes et bleus vers leur dernière destination. Son Luzzu est du voyage. Un déclic photographique au moment opportun, un souvenir de vacances, un touriste content …

Meilleur acteur au festival de Sundance  Représentant de Malte aux Oscars 2022 Le touriste qui se rend à Malte ne voit pas forcément les mêmes images. Alex Camilleri regarde sa ville le plus souvent depuis la mer. Là où les marins pêcheurs en proie à la désertification de l’océan peine à remonter ne serait-ce qu’un peu de godaille. La pêche industrielle racle les fonds marins, et sur son petit Luzzu, Jesmark fait les frais de cette économie de marché. L’Europe a baissé les bras. Pire, elle subventionne la casse des petits bateaux. Un ami a suivi le courant, mais Jesmark…
Le film

Ce premier film, tourné dans l’esprit d’un documentaire, avec des comédiens non-professionnels, nous raconte la déperdition d’une économie marine à Malte où l’Europe encourage la destruction des petits bateaux traditionnels (Luzzu) au profit des grosses flottes. Dans la lignée néo-réaliste d'un Vittorio de Seta, Alex Camilleri filme une équipe d’artisans-pêcheurs qui résistent comme ils peuvent au rouleau compresseur européen. L’un d’eux, Jesmark, va peu à peu se laisser embarquer par un système quasi mafieux, où le marché noir dicte la loi de la criée. Il s’était pourtant bien juré de ne jamais renier son histoire, l’héritage de son passé, qui de génération en génération avait forgé une famille de pêcheurs maltais. Alex Camilleri n’a pas de réponse à la question qu’il pose inlassablement tout au long de ce film sur l’honneur et le respect, face aux contraintes administratives et économiques de la mondialisation. Mais le cinéaste témoigne intelligemment, comme en direct, sur la destruction de ce patrimoine essentiel à la survie de toute une population.

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