dimanche , 13 septembre 2026

« Sorda » de Eva Libertad García. Critique cinéma-dvd

La réalisatrice a mis beaucoup d'elle-même dans l'application de sa vie privée. Miriam Garlo, sa sœur , lui emboîte le pas avec maestria.

La fiche du film

Le film"Sorda"
RéalisationEva Libertad García
AvecMiriam Garlo, Álvaro Cervantes
Titre originalSorda
Sortie le04/04/2025
Durée99 Minutes
GenreDrame
Année2025
NationalitéSpain
DistributionDistinto Films
Type
Affiche :
Note du blog 4,0/5
Note du public 3,60/5 · 105 votes
Synopsis

Angela est sourde, Hector est entendant. Ils forment un couple épanoui et heureux malgré leur différence. Mais la naissance de leur premier enfant inquiète Angela : saura-t-elle créer un lien avec sa fille ? Comment apprendre à devenir mère dans un monde qui oublie si souvent d’inclure ceux qui n’entendent pas ?

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BERLINALE 2O25 – Panorama, Prix du public- PREMIER PLAN 2O26 – Prix du public & d’interprétation féminine- FESTIVAL DE MÁLAGA – 6 Prix dont Meilleur Film, Meilleure Actrice et  Acteur-  GOYA 2O26 – Meilleur Premier Film, Meilleur Acteur dans un second rôle, Meilleur Espoir Féminin pour Miriam Garlo et Álvaro Cervantes.

Un film particulier, déstabilisant . S’adresse-t-il avant tout à des malentendants ( autrefois on disait des sourds ) dans la forme qu’il affiche entre langage des signes et le sous-titrage approprié ? Surtout pas. L’accès leur est facilité, et c’est heureux. Certains bruits s’effacent, au profit de leur interprétation.

Mais le langage est commun, universel. Pour tous.

L’histoire s’attache effectivement à la relation entre une mère sourde et sa petite fille, qui encore à l’état d’embryon, interroge un couple parfaitement uni.

« Quelles chances a-t-il d’être sourd ? » interroge le futur père qui au passage emploie un contresens bien involontaire. Il y a 50 % de risques que l’enfant n’entende pas dès la naissance.

Angela et Hector inquiets , assument leurs choix face à des futurs grands parents, totalement déconcertés . Mais tellement présents que la maman rassurée sur la santé de sa petite fille Ona, commence à perdre pied dans ce monde qui n’est pas vraiment fait pour elle

Les difficultés de communication lors de l’accouchement ont accentué son déficit social. Dans un quotidien aléatoire. Le papa est au petit soin pour sa petite Ona, peut-être un peu moins à l’écoute de sa femme.

Les scènes de ménage sont maintenant fréquentes. «  Avant j’’étais la sourde qui enchantait ta vie. Mais depuis Ona, qu’est-ce que je suis ? »

Entre copains, la langue des signes est naturelle, et les enfants l’apprennent aussi

La conduite éducative de l’enfant lui échappe, la frustration affleure , l’enfermement originel s’agrandit , Angela s’isole un peu plus chaque jour. Son positionnement  la questionne sur la place du handicap dans le quotidien d’une famille jeune,  a priori heureuse.

Le film relève ainsi à l’égard de tout un chacun, les difficultés de toute infirmité inscrite dans un environnement dit normal. Voire commun. Ce que la réalisatrice Eva Libertad García illustre à plusieurs reprises, dont cette visite auprès d’un technicien auditif qui ne comprend rien à la langue des signes.

Angela explose . Il y aura d’autres moments de colère, de révolte pour un système mal ordonné sur la différence.

Miriam Garlo, la sœur de la réalisatrice est la véritable  Angela, face  à Álvaro Cervantes , étonnant lui aussi, dans son rôle de papa émérite . Pour un film particulier, déstabilisant, un film de copains à voir en famille.

LES SUPPLEMENTS

  • Entretien avec la réalisatrice ( 20 mn ) par Rose Paynel une journaliste sourde – Eva Libertad García revient sur l’histoire de ce film , et les problèmes que soulèvent les relations entre sourds, et malentendants avec la population

«  J’avais déjà travaillé avec ma sœur Miriam au théâtre  plusieurs mises en scène . C’est pour le court métrage Sorda qu’elle arrive pour la première fois devant une caméra, (…) Cette façon que la caméra peut la voir de l’intérieur (…) Pour le long métrage j’étais beaucoup plus inquiète »

Un plateau, 50 à 60 personnes autour, « si je la sentais inquiète, je ne pourrais pas remplir mon rôle de réalisatrice »

 

«  Chaque personne sourde a le droit de pouvoir définir sa propre relation à la surdité . Il ne devrait pas y avoir d’éducation qui privilégie une possibilité plutôt qu’une autre »

La journaliste évoque son propre cas , qui renvoie à celui de la sœur de la réalisatrice qui n’a appris la langue des signes qu’à 30 ans . «  Les médecins n’ont jamais dit qu’elle était sourde.  Ils ont dit de la mettre au premier rang et qu’elle lise sur les lèvres . Toute sa vie elle a essayé de s’adapter au monde des entendants. Ca lui a coûté des efforts monstres ».

  • Expérience sensorielle et «  Sorda », le court métrage . Comment le public malvoyant ou malentendant fait-il  l’expérience du cinéma ? Sur les outils mis à leur disposition et des extraits du court métrage «  Sorda » on nous explique le cheminement

La bande-son seule ne suffit pas . Une voix pré-enregistrée intervient pendant les silences : la voix de l’auto-description . La séquence devient effectivement plus « lisible » . On nous demande ce que l’on pense d’une telle pratique et surtout si la voix n’en dit pas trop… Si elle ne mord pas sur la bande son …

Des images sans le son , sans sous-titrages … Des codes précis pour les sous-titrages … Les codes couleurs … Les expériences se multiplient avant de découvrir le court métrage dans son intégralité avec le sous-titrage adapté, incluant toutes les données précédentes. On le voit alors peut-être d’une tout autre manière

  • La première affiche parlante au monde ( 1.35 mn )
Le film
Les bonus

Il y a une part de vie privée dans le film d’Eva Libertad, qui confie à sa sœur , Miriam Garlo ,sourde de naissance, le soin de porter son récit au plus vrai d’une vérité pas toujours bien reçue. Le vécu au quotidien d’une jeune mère de famille mal entendante qui doit élever sa petite fille. Elle peut compter sur un mari très aimant, là où la réalisatrice engage la discussion sur le modèle d’une éducation enfantine qui peu à peu va lui échapper. Elle doit se conformer aux règles d’un milieu qui autrefois ne lui posait pas problème . Bouleversement familial oblige, la voici dans un monde qui ne l’attend pas. Ce film relève ainsi à l’égard de tout un chacun, les difficultés de toute infirmité inscrite dans un environnement dit normal. Voire commun. Miriam Garlo, est bien la véritable  Angela, face  à Álvaro Cervantes , confondant lui aussi dans son rôle de papa émérite . Pour un beau film particulier, déstabilisant, un film de copains à voir en famille.

AVIS BONUS Une belle rencontre avec la réalisatrice , et tout un chapitre sur l’environnement des sourds face à leurs problèmes devant un écran.

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