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« Le Diable n’existe pas » de Mohammad Rasoulof . Critique cinéma

Synopsis: Iran. Heshmat mari et père exemplaire se rend la nuit à son travail, mais nul ne sait où il va. Pouya, jeune conscrit, ne peut se résoudre à effectuer le geste qui lui assure une autorisation de sortie. Javad, en permission auprès de sa belle est soudain prisonnier d’un dilemme cornélien. Bharam, médecin  a enfin décidé de révéler à sa nièce le secret de toute une vie. Ces quatre récits sont inexorablement liés.

La fiche du film

Le film : "Le Diable n'existe pas"
De : Mohammad Rasoulof
Avec : Ehsan Mirhosseini, Kaveh Ahangar
Sortie le : 01/12/2021
Distribution : Pyramide Distribution
Durée : 152 Minutes
Genre : Drame
Type : Long-métrage
Le film

Interdit de tourner dans son pays, l’Iran, Mohammad Rasoulof multiplie les subterfuges pour mener à bien ses projets. Le résultat sous la contrainte nous offre ce chef d’œuvre d’humanité et de réalisme .

Un long métrage réalisé à quatre reprises ( raccourcir le temps pour ne pas être repéré ) : quatre  chapitres distincts mais complémentaires.

L’imagination démultipliée enchaîne les sujets et les thématiques sans jamais se départir d’une ligne fondatrice : les contraintes et les vérités de la soumission dans un pays totalitaire.

Au petit matin, Heshmat (Ehsan Mirhosseini) quitte son travail laissant un lourd portail se refermer derrière lui. Il rejoint sa femme, puis sa petite fille à la sortie de l’école. Un quotidien banal, et tranquille, à l’écoute de la vieille mère pour laquelle ils sont aux petits soins. Le soir dans l’appartement, le trio est heureux, paisible.

A trois heures du matin Heshmat se lève pour une nouvelle journée.

Le temps vient de nous filer entre les doigts . On demeure subjugué par cette déambulation familiale si ordinaire, et cette beauté nocturne dans les rues désertées de Téhéran .

Plus que le charme d’une caméra, son regard …

Mohammad Rasoulof donne à voir et à entendre, sans effet , avec attention, précaution . Economie de palabres pour quelques signes utiles.

C’est déjà la grandeur de sa mise en scène , de ses non-dits ( beaucoup d’inconnus, d’incertitudes autour de ses personnages ) substitués à une communication trop classique. Comme dans cette attente avec Pouya (Kaveh Ahangar), le conscrit, dans sa caserne-prison, l’espoir d’une autorisation de sortie pour rejoindre sa fiancée.

Elle lui sera accordée, comme toujours en fonction des services rendus. Mais la corvée du jour, ou plutôt de la nuit, au petit matin, sa probité  la lui interdit. Inacceptable.

D’une autre garnison peut-être, Javad est semble-t-il passé outre ce cas de conscience inexistant. Trois jours durant il va retrouver sa belle, lui souhaiter son anniversaire et la demander en mariage. Permission accordée pour corvée assumée.

Mais à quel prix ? interroge Mohammad Rasoulof . Rejoindre les aveugles dans un pays à moitié borgne ? « A quoi bon dire une vérité qui détruit celle de l’autre ? » s’étonne la jeune fille écoutant son oncle lui raconter l’histoire du soldat qui n’avait pas voulu tuer.

L’aveu se passe dans un décor sublime, les montagnes Iraniennes où l’un des maîtres du cinéma iranien, Abbas Kiarostami, a su lui aussi, contourner le diktat des ayatollahs.

Mohammad Rasoulof en a retenu plus qu’une leçon, une raison d’être, un savoir vivre, et le moyen de le transmettre en filmant à huis-clos, ou la nuit quand le monde est endormi, que le diable s’est assoupi. Car il existe bel et bien, il nous le dit et se contredit de façon magistrale. Génial !

Ours d’Or Berlin 2020 Prix du Jury au @FIFH_Pessac Prix du Public au @festilama Interdit de tourner dans son pays, l’Iran, Mohammad Rasoulof multiplie les subterfuges pour mener à bien ses projets. Le résultat sous la contrainte nous offre ce chef d’œuvre d’humanité et de réalisme . Un long métrage réalisé à quatre reprises ( raccourcir le temps pour ne pas être repéré ) : quatre  chapitres distincts mais complémentaires. L’imagination démultipliée enchaîne les sujets et les thématiques sans jamais se départir d’une ligne fondatrice : les contraintes et les vérités de la soumission dans un pays totalitaire. https://www.youtube.com/watch?v=w8lqoUFbyuM&ab_channel=Meilleursfilmsets%C3%A9ries Au petit…
Le film

Pour contourner la censure et l’interdiction de filmer l’Iran tel qu’il le voit Mohammad Rasoulof a utilisé cette fois le principe du film en courts métrages. Quatre chapitres distincts, mais dont l’imbrication apparait évidente au fil du récit de chaque protagoniste. D’abord un homme, père de famille sympa et tranquille dont l’activité ne nous est révélée qu’à la dernière image, brute et inattendue. Elle conditionne en quelque sorte les trois autres parties du film où il est question de soumission ou non à une autorité sans partage. Au point que l’un des « héros » va devoir composer par la suite avec un cas de conscience  qu’il n’avait jamais imaginé au moment de passer à l’acte. Peut-on rester aveugle dans un pays déjà atteint de cécité ? interroge Mohammad Rasoulof au milieu d’une foultitude d’autres questionnements. Une réponse peut-être dans l’ultime chapitre planté  dans les superbes montagnes Iraniennes où l’un des maîtres du cinéma iranien, Abbas Kiarostami, a su lui aussi, contourner le diktat des ayatollahs. Mohammad Rasoulof en a retenu plus qu’une leçon, une raison d’être et un savoir vivre. Génial

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