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« Je vois rouge » de Bojina Panayotova. Critique cinéma

Après avoir vécu 25 ans en France,Bojina retourne en Bulgarie, sur son passé dont elle ne sait quasiment rien...

Synopsis: Après 25 ans passés en France, Bojina retourne en Bulgarie avec un soupçon vertigineux : et si sa famille avait collaboré aux services secrets du régime communiste ? Caméra au poing, elle embarque ses parents dans une quête effrénée qui menace de tourner à la catastrophe. Une odyssée tragico-comique qui mélange le film d’espionnage et le film de famille.

La fiche du film

Le film : "Je vois rouge"
De : Bojina Panayotova
Avec :
Sortie le : 24/04/2019
Distribution : JHR Films
Durée : 83 Minutes
Genre : Documentaire
Type : Long-métrage
Le documentaire

« Pour avancer ma génération doit se confronter à ce passé » .

Des photos d’avant, d’après, des vidéos familiales -ou pas-  d’époque … Bojina Panayotova chamboule l’ordre d’une mise en scène pour illustrer le fouillis et la complexité de son passé qu’elle ignore, celui de ses parents dans son enfance communiste.

Elle en fait un reportage en forme d’enquête sur les retrouvailles avec sa famille qui depuis des années vit en France. C’est frontal, douloureux, incroyable.

A Sofia, la jeune femme en profite aussi pour apprendre à conduire. Bizarre, mais très rapidement l’homme, moniteur d’auto-école devient aussi modérateur. « Les aspects négatifs du communisme, ils n’en parlaient pas dans ma famille » lui confie-telle

« Et ils n’en parleront jamais » répond l’intéressé.

Le ton est donné, le doute s’installe. Les deux grands-pères de Bojina voyageaient beaucoup, l’un pour ses affaires, l’autre en tant que critique de cinéma.

 « C’est clair, ils travaillaient pour la police secrète » dit le moniteur.

Le père se dérobe . A peine si l’on aperçoit son visage cadré au fond d’un canapé … «  Ne rentre pas dans une paranoïa anti-communiste ». Au téléphone la grand-mère se dit peu intéressée par son dossier «  j’étais secrétaire adjointe du syndicat, je n’ai nui à personne ».

« Arrête avec cette manière française de rentrer dans le détail  , et cet air affecté complètement ridicule (… ) je vois en toi de la haine, comme une obsession ».

 

Défilé militaire en sépia fatigué, scènes de rue grisonnantes, la réalisatrice retrouve des ambiances enfantines. Des mots qui se heurtent à ce qu’elle pressent et qui lui font peur. Elle les craint.

Son père,un artiste, vendait des tableaux à la mafia. «  A des gens riches » rectifie-t-il «  j’étais dedans mais personne ne peut dire que j’ai collaboré. (… )  En Bulgarie la mafia ce sont des gens de la police secrète , ils m’achètent mes tableaux , ils aiment les artistes ».

« Et réciproquement » lui répond du tac à tac sa fille . Séquence conflictuelle, elle le restera.

Se souvenir d’une enfance communiste

La mère,hésitante, est plus coopérative. Un nom lui revient immédiatement à l’esprit: Traycho Shopov. Un bon camarade aux responsabilités officielles dans la mécanique du système communiste. Bien qu’aux abonnés absents, Bojina réussit à mettre la main sur cet homme qui les reçoit, mais interdit qu’on le filme .

« Ne fouille pas là-dedans  tu ne trouveras rien d’intéressant sur ta famille, et tu feras du mal à ta mère ».  

Mais la mère veut savoir. Les premiers éléments de la vérité déjà la sidère.

La grand-mère ( toujours au téléphone ) s’inquiète encore plus. «  Il ne fallait pas fouiller dans ses saletés de la Bulgarie, mais tant pis, vous l’avez décidé, soyez raisonnables ».

La mère et la fille

Le film familial tourne au drame policier. Suspense et révélations dans la lecture de ces dossiers que la réalisatrice alimente toujours de clichés révélateurs. La mère inquiète par la diffusion de ces images (« une vérité qu’il est hors de question que je partage avec de potentiels spectateurs… » ) est aussi chamboulée par ce qu’elle a pu raconter à l’époque .

«  Je ne me souviens pas de quoi on parlait avec Shopov, aurais-je causé du tort à quelqu’un ? » .

La tension maternelle est plus que maintenue. Pendant plus d’un an les ponts seront coupés.

« Pour avancer ma génération doit se confronter à ce passé » . Des photos d’avant, d’après, des vidéos familiales -ou pas-  d’époque … Bojina Panayotova chamboule l’ordre d’une mise en scène pour illustrer le fouillis et la complexité de son passé qu’elle ignore, celui de ses parents dans son enfance communiste. Elle en fait un reportage en forme d’enquête sur les retrouvailles avec sa famille qui depuis des années vit en France. C’est frontal, douloureux, incroyable. A Sofia, la jeune femme en profite aussi pour apprendre à conduire. Bizarre, mais très rapidement l’homme, moniteur d’auto-école devient aussi modérateur. « Les aspects négatifs du…
Le documentaire

Un documentaire d’un genre nouveau  qui à rebrousse-poil reprend le cours d’une histoire écartée. Un passé jamais accompli, en jachère perpétuelle jusqu’au jour où Bojina, fille de communistes revient sur ce naguère qu’elle ignore, celui de ses parents dans son enfance communiste. Elle se souvient vaguement du bonheur alentour, de quelques privilèges qu’elle ne savait pas nommer , de la nomenklatura qu’elle ignorait alors. Et si son papa et sa maman avaient bénéficié de quelques avantages dans le cadre de services rendus à la nation. Ca la turlupine au point de remettre des mots sur cette histoire, des images et voir comment les uns et les autres fonctionnaient Ca s’appelle un film, un documentaire très exactement, exaltant par la nature même de son procédé Des photos d’avant, d’après, des vidéos familiales -ou pas-  d’époque … Bojina Panayotova chamboule l’ordre d’une mise en scène pour illustrer le fouillis et la complexité. Remarquable

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