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« Zombi child » de Bertrand Bonello. Critique cinéma

Synopsis: Haïti, 1962. Un homme est ramené d'entre les morts pour être envoyé de force dans l'enfer des plantations de canne à sucre. 55 ans plus tard, au prestigieux pensionnat de la Légion d'honneur à Paris, une adolescente haïtienne confie à ses nouvelles amies le secret qui hante sa famille. Elle est loin de se douter que ces mystères vont persuader l'une d'entre elles, en proie à un chagrin d'amour, de commettre l'irréparable.

La fiche du film

Le film : "Zombi Child"
De : Bertrand Bonello
Avec : Louise Labeque, Wislanda Louimat
Sortie le : 12/06/2019
Distribution : Ad Vitam
Durée : 103 Minutes
Genre : Drame
Type : Long-métrage
Le film

Je comprends que le film puisse rebuter. Par son récit et la façon dont Bonello se l’approprie . Mais cette manière d’alerter les événements de l’Histoire ( tremblement de terre 2010, zombis, Haïti … ) à l’aune de notre propre civilisation est parfaitement explicite.

Il faut simplement un peu de patience et de compréhension pour suivre la pensée de Mélissa (Wislanda Louimat), une jeune haïtienne qui débarque de son île pour intégrer l’école de la Légion d’honneur. Un premier regard déjà sur cette institution, fort instructif, nous renseigne sur la valeur qu’elle représente ( cocon hexagonal ) dans une scénographie logiquement décalée.

Dans la tête de Mélissa se bousculent les derniers souvenirs d’une famille endeuillée par la perte du grand père, puis de ses propres parents ensevelis par le séisme. Elle en réchappe mais ces images le lui rappellent, instinctivement, par la pensée et par l’esprit.

Elle revoit le grand père revenu de la mort et contraint à l’esclavage dans un champ de cannes à sucre. Un héritage hautement soutenu par sa petite fille qui s’y attache comme à une corde de salut.

Ce qu’elle ne peut encore traduire auprès de ses nouvelles amies du pensionnat, mais qu’elle laisse filtrer par un comportement et une propension à des rêves nocturnes. Des cris, des palabres qui alertent malgré tout la sororité qu’elle vient d’intégrer après un examen de passage réussi, mais énigmatique aux yeux de ses quatre nouvelles amies.

La sororité organise des cérémonies nocturnes qui sans le savoir s’inspirent indirectement des fêtes incantatoires du pays de Mélissa…

Fanny (Louise Labeque) est peut-être la plus attirée par cette personnalité hors du commun, par sa culture ancestrale qui parait lui donner cette sérénité et cette confiance. Surtout le jour où le garçon qu’il lui presse de revoir lui annonce la fin de leur liaison. Fanny décide alors de rejoindre le monde des esprits que peut lui ouvrir Mambo Katy ( Katiana Milfort ),la tante de Mélissa.

Une cérémonie quasi incantatoire qui n’est pas sans danger prévient-elle. Et c’est à travers elle que Mélissa va pouvoir révéler à ses amies restées au pensionnat toute son histoire que nous avions entrevue et peu à peu comprise.

Bertrand Bonello entouré de … Mélissa et Fanny au festival de Cannes

C’est là toute la force de cette mise en scène plus nuancée que le flash-back, et plus éloquente que toute évocation historique.

Un style vraiment particulier où les nuances et les interpellations soufflent le chaud et le froid sur un récit profondément humain par la fascination étrange qu’il dégage. C’est toute la revendication de Mélissa qui sans s’imposer l’impose à ses jeunes congénères. Bonello croit lui aussi en la jeunesse .

Je comprends que le film puisse rebuter. Par son récit et la façon dont Bonello se l’approprie . Mais cette manière d’alerter les événements de l’Histoire ( tremblement de terre 2010, zombis, Haïti … ) à l’aune de notre propre civilisation est parfaitement explicite. Il faut simplement un peu de patience et de compréhension pour suivre la pensée de Mélissa (Wislanda Louimat), une jeune haïtienne qui débarque de son île pour intégrer l’école de la Légion d’honneur. Un premier regard déjà sur cette institution, fort instructif, nous renseigne sur la valeur qu’elle représente ( cocon hexagonal ) dans une scénographie logiquement…
Le film

C’est avec une prudence de sioux que j’ai abordé ce film qui par son auteur et son thème ne m’engageait pas plus que ça . J’en suis ressorti, plus que surpris, totalement heureux par la révélation d’un autre monde en le comprenant beaucoup mieux cette fois. Ce n’est pas un film de zombis, mais l’histoire d’un peuple et de sa culture rapportée à notre propre civilisation qui par exemple élève toujours ses enfants dans des cocons. A l’image de l’école de la Légion d’honneur où débarque une jeune haïtienne qui par son comportement et l’histoire qu’elle engendre va amener l’une des élèves à adopter indirectement cette culture. C’est ainsi brièvement résumé et analysé, mais le film de Bonello est tellement riche dans ses informations ( historiques et contemporaines ) et profond dans sa réalisation qu’il faut le voir intégralement pour en saisir toute la subtilité. Je comprends que le film peut rebuter. Mais la manière d’alerter les événements de l’Histoire ( tremblement de terre 2010, zombis, Haïti … ) à l’aune de notre propre civilisation est en moins de deux heures parfaitement explicite.

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