L’histoire : Pendant la Deuxième Guerre mondiale, l’histoire vraie de Jean et Corinne Luchaire, un père et sa fille pris dans l’engrenage de la collaboration.
Si les étoiles n’apparaissent pas, reportez vous à la fin de l’article
A l’origine, un homme qui ne négocie pas avec l’extrême droite, mais qui dépense toujours l’argent qu’il n’a pas. Nous sommes à la veille de la seconde guerre mondiale. Jean Luchaire, journaliste, mène depuis des années un combat singulier pour le rapprochement entre la France et l’Allemagne.
A ses côtés Otto Abetz,( August Diehl) altruiste, un francophile convaincu. Tellement impliqué dans la vie de l’hexagone, que les nazis lui demande de devenir le trait d’union entre les deux pays. C’est-à-dire, un espion !
Officiellement , messager de la paix, alors que les prémices de la guerre commencent à noircir le papier du Journal que dirige Jean Luchaire . Instrument éminemment stratégique le jour où Otto Abetz devient l’ambassadeur du III -ème Reich
Même dans ses nouvelles fonctions, il reçoit très vite son ami afin dit-il de poursuivre leur œuvre commune . Mais aux efforts de paix entrevus autrefois, il est maintenant question de bonne entente, entre un occupant et une France tutélaire.
Le journal peine à trouver ses lecteurs, la publicité ne rentre pas , la faillite à l’horizon, Jean Luchaire ne dit pas non à l’argent nazi . Qui lui ouvre bien des portes à travers lesquelles se faufile innocente et coquette Corinne, sa fille , apprentie comédienne et star en devenir.
La nasse s’est refermée, mais c’est une bulle dorée pour le père et la fille qui prospèrent dans la France de la collaboration dont Jean Luchaire devient un des piliers. Presque inconsciemment dira-t-il plus tard, puisqu’il rendait des services à beaucoup d’amis.
Mais pour un ausweis, Otto attend toujours un service en retour.
Xavier Giannoli illustre à plusieurs reprises ce système de compromissions et cette embardée collaborationniste versatile , dont le journaliste n’est plus suspect d’aveuglement. Les fêtes et le champagne, les filles et le caviar et Corinne maintenant célébrée par les plus hauts dignitaires du régime nazi. Otto S est devenu son parrain.
Dehors , le monde est en feu, mais les Luchaire l’ignorent quand le cinéaste ne fait que conforter leur amnésie dans l’évocation partielle d’une rafle, d’une torture … Un antisémitisme martelé, jamais montré. Ou si peu …
C’est pourquoi, des années plus tard, Corinne enregistre cette histoire, tel un exutoire. Et retrouve dans ses souvenirs, la même opacité dans l’exécution des faits, la même surdité aux appels aux secours. Le mal est endémique, à l’image de cette guerre destructrice qui les épargne, quand la tuberculose les emporte, à petit feu.
Des tâches noires sur la radiographie, des avancées guerrières, Xavier Giannoli atteint le point de non-retour de sa mise en scène raisonnée , passablement échevelée ( bacchanales obligent ) . Les comédiens s’y conforment avec l’exactitude de l’Histoire qu’ils incarnent. Jean Dujardin joue à la perfection ce Jean Luchaire grand pourvoyeur d’un désordre moral attesté, lâche et inflexible qui entraînera dans sa chute celle qu’il aimait par-dessus tout.
Le film
Dans notre monde actuel , où la guerre ne cesse de fracturer les frontières, la contemporanéité s'inscrit souvent dans les œuvres se référant à des conflits historiques. La seconde guerre mondiale n’y échappe pas, et à travers la montée des extrêmes, fascisme et antisémitisme compris, sous la coupe du nazisme, Xavier Giannoli souligne cette même effervescence qui aujourd’hui agite nos plateaux TV. Ce n’est pas le moindre intérêt de reprendre alors cette histoire d’un père et de sa fille qui deviendront des collaborateurs, zélé pour le père, insouciant pour la fille, au cœur d’un système savamment orchestré par le III -ème Reich. Ce que le cinéaste illustre parfaitement à la travers l’alternance d’images uppercut et de références archivées, sur une mise en scène le plus souvent raisonnée. Une base historique évidente sur laquelle s’appuient des comédiens ad-hoc Jean Dujardin joue à la perfection cet homme grand pourvoyeur d’un désordre moral attesté, lâche et inflexible qui entraînera dans sa chute celle qu’il aimait par-dessus tout. Un premier grand rôle pour Nastya Golubeva qui excelle et nous fascine . Plus de trois heures en sa compagnie, vous imaginez !…


