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« Joker » de Todd Phillips. Critique cinéma

La fiche du film

Le film : "Joker"
De : Todd Phillips
Avec : Joaquin Phoenix, Robert De Niro
Sortie le : 09/10/2019
Distribution : Warner Bros. France
Durée : 122 Minutes
Genre : Drame
Type : Long-métrage
Le film

Il y a 35 ans, un film américain nous relatait l’état du pays à travers une institution psychiatrique. L’un de ses pensionnaires prend la tête de la révolte et met la pagaille dans son monde.  C’est Mc Murphy joué par Jack Nicholson dans «  Vol au-dessus d’un nid de coucou » de Milos Forman.

15 ans plus tard, le même Nicholson se grime en Joker pour contrer le «  Batman » de Burton. Ce Joker dont on nous raconte aujourd’hui l’existence dans un monde qui le méprise et qu’il va mettre à feu et à sang.

Jack Nicholson agit comme un catalyseur entre Forman et le bien-nommé «  Joker » de Todd Phillips. A la folie de MC Murphy répond celle d’Arthur Fleck, gamin perturbé par des mensonges et adulte contrarié par son inexistence.

A l’origine, quelqu’un de paisible, qui fait son job, même si son rire peut surprendre

Arthur est clown dans une entreprise d’homme-sandwich et à tout faire dans les rues de Gotham et les hôpitaux pour enfants. Ce dont il s’acquitte plus ou moins bien, ses troubles psychologiques le conduisant parfois à perdre le contrôle de sa mission. « Semer le rire et la joie » dit-il.

Car Arthur pense toujours faire au mieux , et le bien surtout , quand l’accumulation d’excès et d’incidents fâcheux lui interdit toute activité du genre. Auprès de sa maman malade dont il s’occupe quotidiennement le voici de retour à la case départ, vide de sens et dénuée d’intérêt.

Un mélange détonnant, comme une explosion dans sa tête de gentil qui va le laisser croire, derrière son fard souriant et ses cernes grimés. Le clown est devenu méchant, et  les morts qu’il laisse derrière lui n’arrivent pas à témoigner.

Aux petits soins pour sa mère ( Frances Conroy)

Todd Phillips jusque là plutôt paisible et complaisant dans sa mise en scène la dynamite à son tour. Une violence presque instinctive dont s’empare avec maestria Joaquin Phoenix, dont la conduite horrifique borne les attendus de la condition humaine. De son respect, de son humilité.

Arthur a cru un moment pouvoir aimer (Zazie Beetz), un rêve. Exister auprès d’un père ( Brett Cullen ), une illusion. (*)

Ou bien vivre de son art qu’un présentateur vedette TV piétine allègrement. Murray Franklin le traite de joker pour faire l’impasse sur son humour . Il ne l’emportera pas au Paradis (Robert De Niro, morgue de circonstance) , mais avant de l’envoyer ad patres, Arthur lui fait quelques recommandations.

Le même constat, la même critique que Lumet dans les années 70 , cette lucidité tragique sur un monde qui nous emprisonne et puis nous empoisonne. Ce monde qui maintenant descend dans la rue en feu et en sang .«  On est tous des clowns » scandent -ils sanctifiant leur héros  dont le rire sardonique, effrayant, hante à jamais les couloirs de son havre psychiatrique.

On sait par la rumeur qu’il en sortira bien un jour. Mais Batman n’est pas encore né …

(*) Le nom du père que Arthur pense avoir retrouvé ici s’appelle … Thomas Wayne.  Son jeune fils Bruce voit ses parents assassinés sous ses yeux. Bruce deviendra Batman…

Il y a 35 ans, un film américain nous relatait l’état du pays à travers une institution psychiatrique. L’un de ses pensionnaires prend la tête de la révolte et met la pagaille dans son monde.  C’est Mc Murphy joué par Jack Nicholson dans «  Vol au-dessus d’un nid de coucou » de Milos Forman. 15 ans plus tard, le même Nicholson se grime en Joker pour contrer le «  Batman » de Burton. Ce Joker dont on nous raconte aujourd’hui l’existence dans un monde qui le méprise et qu’il va mettre à feu et à sang. Jack Nicholson agit comme un catalyseur…
Le film

On peut le prendre comme un excellent film de pur divertissement, doublé cependant d’une attente presque militante ( voire politique ? ) sur le plan de la réalisation. Le final par exemple, remarquable dans sa vision pragmatique du monde actuel, n’est que l’aboutissement logique d’une somme de comportements que le Joker va nous révéler tout au long de son existence. Celle qu’il tente de comprendre ( son passé trouble et mensonger ) et la vie du moment où le clown gentil n’en finit pas de prendre des coups. Comme un hiatus douloureux , une bombe à retardement que le joker dégoupille presque involontairement. Mais le monde ne l’a pas compris et tous les coups, tous les mensonges, toutes les humiliations, il les renvoie maintenant dans la rue où les manifestants mettent le feu et font couler le sang. Cette vision pragmatique du monde… Assez paisible et complaisant dans sa mise en scène au début, Todd Phillips la dynamite à son tour très vite. Une violence presque instinctive dont s’empare avec maestria Joaquin Phoenix, dont la conduite horrifique borne les attendus de la condition humaine. Un grand film, assurément.

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