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« Razzia » de Nabil Ayouch. Critique cinéma

Synopsis: A Casablanca, entre le passé et le présent, cinq destinées sont reliées sans le savoir. Différents visages, différentes trajectoires, différentes luttes mais une même quête de liberté. Et le bruit d’une révolte qui monte….

La fiche du film

Le film : "Razzia"
De : Nabil Ayouch
Avec : Maryam Touzani, Arieh Worthalter
Sortie le : 14/03/2018
Distribution : Ad Vitam
Durée : 119 Minutes
Genre : Drame
Type : Long-métrage
Le film

Ce film extraordinaire nous raconte l’histoire du Maroc depuis ses origines que le cinéaste imagine confinées dans un petit village de l’Atlas. Un maître d’école enseigne à quelques élèves le monde à leur portée. Ils se déplacent dans la montagne, observent et parlent de ce qu’ils ont vu, ressenti, et aimé. Loin de Casablanca, Abdellah (Amine Ennaji) ne tient pas trop compte des recommandations officielles. Elles vont le condamner à quitter l’unique classe dans laquelle il dormait.

L’homme abandonne « ses » enfants, et l’amour de sa vie, une femme qui vivait seule avec son petit garçon, à l’abri des regards inquisiteurs. Mère célibataire ? veuve ? on ne sait, Nabil Ayouch révélant peu sur ces acteurs d’une vie en perpétuelle révolution.

Celle que les amants retrouvent séparément des décennies plus tard dans Casablanca, où d’autres destins se frottent aux luttes du quotidien. Hakim (Abdelilah Rachid) rêve de devenir chanteur, malgré la sourde opposition de son père. Freddy Mercury est son phare.

Salima indépendante et libre (Maryam Touzani, co-scénariste) que le mari plutôt cool tient malgré tout sous surveillance. Contrairement à cette jeune fille de la haute société ( Dounia Binebine), inconsciente et naïve, prête à tous les égards, toutes les morgues pour assumer son identité.

Abdellah travaille maintenant dans un restaurant tenu par Joe (Arieh Worthalter) un israélien sympa, qui pour la paix des peuples prône la fête à tout crin. Abdellah n’a jamais revu son amour du village, pourtant quelque part dans Casablanca, en feu.

Tout ce petit monde agglutiné, ce melting-pot forge un pays qui cherche encore à s’exprimer. Le berbère réprimé ou l’arabe autorisé « qu’importe la langue » professait Abdellah « si vous ôtez la voix ».

On laisse toujours une empreinte, un écho répond le réalisateur, comme la complainte d’Ingrid Bergman dans « Casablanca » qu’Abdellah ne cesse de visionner. Se raccrocher à l’histoire d’autrefois, cette nostalgie d’une ville qu’un cinéaste a su immortaliser. Joe n’ose pas lui dire que le film n’a jamais été tourné sur place.

Il y a maintenant trop de bruit et de fureur pour entretenir ce genre d’espoir. La rue est en feu, il faut s’effacer, s’oublier, se perdre jusqu’à l’explosion finale, une grande fête dans la haute société où maîtres et valets confondus sonneront le glas d’une réconciliation impossible.

Abdellah, des années plus tard avec le patron du restaurant Joe

Une abdication devant ces vies parallèles, cette coexistence plus ou moins tolérée qui laissait entrevoir un peu d’espoir. Mais seulement un peu d’espoir, murmure encore Nabil Ayouch

  • Un autre regard sur le Maroc :

« Casanegra » de Nour Eddine Lakhmari

« Houkak » de Younes Yousfi

« Much Loved » de Nabil Ayouch

« C’est eux les chiens » de Hicham Lasri

« Rock the Casbah » de Laila Marrakchi

« Goodbye Morocco » de Nadir Mokneche

Ce film extraordinaire nous raconte l’histoire du Maroc depuis ses origines que le cinéaste imagine confinées dans un petit village de l’Atlas. Un maître d’école enseigne à quelques élèves le monde à leur portée. Ils se déplacent dans la montagne, observent et parlent de ce qu’ils ont vu, ressenti, et aimé. Loin de Casablanca, Abdellah (Amine Ennaji) ne tient pas trop compte des recommandations officielles. Elles vont le condamner à quitter l’unique classe dans laquelle il dormait. L’homme abandonne « ses » enfants, et l’amour de sa vie, une femme qui vivait seule avec son petit garçon, à l’abri des regards inquisiteurs.…
Le film

Habituellement les films de ce continent nous parlent beaucoup de l' avenir. Ce que fait Nabil Ayouch en allant beaucoup plus loin dans son propos puisque c’est l’histoire du Maroc qui défile à partir d’une petite école perdue dans l’Atlas en 1980, jusqu’aux manifestations de 2015 à Casablanca. Par un subterfuge scénaristique ambitieux, complexe et réussi (il a été co écrit par Maryam Touzani, comédienne également dans le film) le réalisateur dresse un panorama assez tangible d’une société qui tente d’émerger, tant bien que mal, jusqu’alors cloisonnée dans une fausse liberté. L’explosion finale sera-t-elle cette grande fête dans la haute société où chacun trouvera sa place, maîtres et valets confondus ?  C’est malgré le chaos qu’elle entraîne, le petit espoir qui semble apparaitre dans le regard du cinéaste. Mais c’est vraiment un petit espoir.

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